Android

Publié le par Ue-Sama

Le moment est venu. Ma therapie est terminee. Il faut que je parle d'Android.

J'ai decouvert Android lors d'une recente visite en France. Je dois dire que c'est un jeu qui pour moi etait completement passe sous le radar, j'etais donc d'autant plus ravi de le decouvrir et d'avoir une chance d'y jouer.

Enfin, d'essayer d'y jouer, car je ne suis pas sur que nous y sommes vraiment arrives.










Nous nous sommes retrouves a 5 pour tenter l'experience, soit le maximum de joueurs qu'accepte Android. Sur les 5, un seul avait une relative connaissance des regles et les 4 autres etaient au point zero. J'ai failli dire "sont restes au point zero", mais bon...

Donc, l'idee du jeu en quelques mots : un futur proche, tres style Philip K. Dick, un meurtre, 5 enqueteurs et toute une collection de suspects. Une originalite est qu'il n'y a pas de coupable certain : chaque jouer/enqueteur a une conviction qui le pousse a faire inculper un des suspects et a en faire innocenter un autre. Les deux suspects en questions sont determines au hasard en debut de partie et l'information reste secrete jusqu'a la fin. Ce n'est pas Cluedo rencontre Blade Runner. Le fait qu'il ne s'agisse pas de trouver le meurtrier mais bien d'envoyer a la chaise (ou equivalent, peut etre a la grenade a plasma, c'est a verifier) un suspect parce qu'on n'aime pas sa tronche gene apparemment certains joueurs. Personnellement, je trouve ca des plus delicieux. En cours de jeu, ca ne nous a en tout cas jamais gene.



Les suspects  - on reconnait bien le Colonel Moutarde, a gauche sur la photo

La mise en place est tres tres longue etant donne le nombre siderant de marqueurs, de compteurs, de cartes... que le jeu utilise. Avec l'habitude ca doit aller mieux mais a 5 nous avons du y mettre bien plus de 30 minutes.

Chaque joueur herite ensuite au hasard d'un des 5 personnages. Chacun a l'air de se jouer de facon tres differente, avec des regles et des objectifs bien specifiques. Chaque personnage a egalement droit a 3 intrigues qui lui sont propres, chacune consistant en plusieurs cartes qui portent chacune une partie du recit et les conditions a reunir en jeu pour passer a la carte suivante. Chaque carte est recto-verso, selon que les choses se sont bien passees ou pas en conclusion de la carte precedente.

Je me suis retrouve avec Caprice Nisei, une de deux enquetrices. Caprice a une vie compliquee : c'est un clone cree paar une societe japonaise et elle sert de test pour voir si la serie Nisei est suffisamment stable pour etre mise en vente. L'enquete est une sorte d'experience pour elle. Sa regle speciale est celle de la sante mentale : selon les evenements (avancee de ses intrigues et influence des cartes jouees contre elle par les autres joueurs) elle doit maintenir ou augmenter celle-ci, sachant que son nombre de points d'action par tour depend de sa valeur actuelle de sante mentale. Cote intrigues, elle doit arriver a faire intervenir une ONG de defense des droits des clones, se trouver un boyfriend et je ne sais plus quoi d'autre.



Et voila Caprice, deployant ses pouvoirs mentaux (il devait y avoir un truc la-dessus dans les regles, mais franchement, je l'ai rate...)


Une autre des enquetrices a pour objectif de gagner le maximum d'argent, un autre gars a des pouvoirs qui evoluent selon son etat moral, le detective a des flashbacks que les autres joueurs peuvent jouer sur lui pour le freiner... Les personnages sont tres differencies.

Cote deroulement du jeu, tout se complique. Chaque personnage a une voiture qui lui permet d se deplacer plus ou moins vite entre les differentss lieux du jeu. Toutes les voitures ne se valent pas  - Caprice a une choutette voiture mais par contre le flic doit avoir une vieille bagnole de patrouille car il se traine lamentablement. Chaque tour represente un jeu, le jeu durant 2 semaines au total. Pour chaque jour on a un certain nombre de points d'action qui permettent de se deplacer et de jouer des cartes. En plus des intrigues chaque joueur a des cartes positives et negatives, donc on se retrouve avec ses propres cartes positives et des negatives des adversaires, a utiliser pour les ralentir et les empecher de faire avancer l'enquete et leurs intrigues personnelles). Mais pour jouer des cartes il faut avoir soi-meme un score de "moralite" (light/dark) correspondant, sachant que bouger sur l’axe de ce code va faire evoluer aussi les capacites des personnages.

Bref (!?), on passe de lieu en lieu en essayant de recuperer des points de faveurs des differents PNJ ainsi que des preuves, qui sont ensuite jouees sur les suspects, face cachee ou pas (une preuve positive augmente les chances que ce suspect soit condamne, une negative reduit ces chances, mais attention car il y a aussi des pions parjure !) et des elements de l'intrigue principale. Cette partie est tres astucieuse car le complot se presente sous la forme d'un puzzle dont les pieces sont repartis dans 3 piles, des plus simples aux plus complexes. Ces pieces sont emboitees a la piece centrale (le meurtre) et permetttent de relier celui-ci a differentes factions impliquees dans l'affaire. Chaque piece de puzzle apporte aussi des points, des faveurs ou autres.

Les preuves une fois placees sur les fiches des differents suspects, les pions d'indices correspondants sont replaces sur la carte et la chasse aux indices reprend.

Et dans tout ca, on essaie de faire avancer ses intrigues et objectifs personnels.

J'ai ete clair ?

C'est complique. On a franchement l'impression que le concepteur avait asses d'idees pour faire au mins deux jeux et qu'il a voulu tout mettre dans la boite. On s'y perd un peu entre les faveurs, les indies, le complot, les bons et mauvais bagages, l'alignement, la sante mentale... Pour ce qui est de gener les autres joueurs ca ne s'est quasiment pas produit car chacun avait deja tellement de mal a voir ce qu'il fallait faire que nous n'aurions pas su comment bloquer les autres  - et si nous etions vraiment bloques, d'ailleurs... Le jeu est fondamentalement complexe et par-dessus se rajoute le cote tres role-play, avec les personnages tres defines, les intrigues…

 

Au bout de 4 heures de jeu nous en etions au tour 3… Personne n’avait une idée de qui etait en tete. Deux des joueurs avaient le regard dans le vague et bavaient lentement sur la table, leurs forces mentales drainees par la richesse et la complexite du jeu, leur volonte brisee par l’epreuve...

 

Face au desespoir, nous avons donc decide de jeter l’eponge vers 2 heures du matin. Je pense qu’au total la partie aurait dure dans les 7-8 heures si nous etions alles jusqu’au bout…

 

Mes conclusions : Android est un jeu tres complexe et tres riche mais qui s’adresse a un public assez specifique, celui des gens qui aiment les regles complexes, qui ne redoutent pas les jeux lents, qui aiment Philip K. Dick et le cyberpunk, les jeux de role et qui on une excellente maitrise de l’anglais (j’insiste sur ce dernier point, les cartes d’intrigue sont vraiment en anglais americain tres courant).

 

Pour bien y jouer, je pense qu’il faut maitriser completement le fonctionnement de son personage mais aussi tres bien connaitre ceux des autres joueurs, ce qui veut dire au moins 3 parties avec le sien et au moins 1 avec celui de chacun des autres. Par les temps qui courent, ca fait une sacree courbe d’apprentissage !

 

Le jeu donne vraiment l’impression que le concepteur avait largement assez d’idees pour faire deux jeux, et certaines sont proprement geniales, mais qu’il a cherche a tout faire tenir en un seul, et c’est sans doute un peu trop. Un grand jeu mais vraiment pas un jeu pour tout le monde.

Publié dans Jeux de plateau

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Le Criticon 28/04/2009 10:02

Essayons de porter un regard objectif sur ce jeu : Android est un jeu pour les tarés qui ont une obsession fétichiste pour les pions et vivent mal le fait que Cluedo n'ait pas donné lieu à un jeu de rôle du même nom.L'essence de la partie, et là il faut quand même le dire, est le TRI des PIONS et le TRI des CARTES. Recto-verso, pas recto-verso, avec une tête de PJ/ de PNJ, intrigue, pouvoir, destin, jetons d'indices, de preuve, de parjure, jeton de pendule pour compter les tours à ne pas confondre avec un jeton de pendule un peu plus gros pour faire on ne sait plus quoi. Jetons à retourner, à laisser découvert. Jetons à placer sur le plateau, à laisser en dehors, à mettre sur les fiches de personnages, à placer à côté....L'auteur voulait créer un livre dont vous êtes le héros.... il n'avait pas la carrure. Alors il a décidé de faire dans l'iconographie et le découpage. Et le tri. Important le tri, si bien qu'on pourrait aisément proposer le jeu en maternelle pour qu'il serve d'application sur le tri des formes et des couleurs. Voir : une sorte de qui est-ce où on essaye de reconnaître les cartes appartenant à un même joueur quand il alterne le visage du Gourou du Groupe des Epanchements de la Lumière Céleste avec celui du psychotique-assassin qui refuse de payer ses impôts parce qu'il ne bénéficie pas du service des prisons.Une fois que le tri est passé, on pourrait croire le jeu fini et se dire : "Ouf, ça y est. Sympa le jeu, mais un peu long". Eh bien non, on vous en recolle un morceau : les 457 règles différentes censées gérer ce qui pourrait être un jeu de rôle mais n'en est pas un, sans parvenir à être un boardgame ni un livre dont vous êtes le héros. Pour arriver à quoi : en gros, le jeu consiste à collecter des pions sur le plateau en bougeant à l'aide d'une sorte de compas, d'échanger ces pions contre d'autres pour les placer sur des petites fiches qui rapportent des points. Ca ne vous rappelle rien?Au final, toute cette mécanique complexe, cette séance de tri, ces explications de règles farfelue, ces nombreuses et multiples cartes avec du texte et du texte et du texte si bien qu'on ne sait plus si on est en train de jouer à un jeu de société ou si on se trouve dans un Club de lecture du Lyons, tout ceci aboutit à un résultat et un seul : ON RAMASSE DES PETITS PIONS QU'ON ECHANGE POUR LES PLACER SUR DES FICHES. Oui : on enquête pour trouver des preuves : faut utiliser son compas pour aller chercher des petits pions. On veut dévoiler le complot : petits pions. Accuser quelqu'un : petit pion. Tout le roleplay, toute la "saveur" de l'intrigue, toute la fragance d'un roman de SF se résume à :" Putain, y me manque un petit pion pour avoir le jeton que je veux placer ici". Quand Agricola devient un jeu de rôle....Le dévoilement du complot fait penser un Tayu, ou un Carcassonne qu'on aurait rendu injouable en en laissant la licence à un auteur allemand.J'ai personnellement réussi à comprendre que mon android, car il faut dire que j'étais bien le seul à avoir un personnage android ce qui est quand même le nom du jeu, avait pour ami un prêtre qui s'était fait enlever. Comme je n'arrivais à rien, j'ai décidé de faire du jeu de rôle et de décider de réussir d'office mon intrigue. Je me suis donc servi en pions, j'ai retourné les cartes du côté qui me plaisait : à savoir que le prêtre était crevé mais que j'avais les bonus comme si je l'avais sauvé. Et j'ai fait croire à la fin que j'avais les cartes pour engager un de mes partenaires au corps à corps - ce qui n'est apparement pas prévu par les règles - règles que j'ai inventé sur le champ comme si elles étaient écrites sur la carte. Comme personne n'a vérifé, c'est passé comme une lettre à la poste. C'est aussi la propriété de ce jeu : quand on ne joue avec personne qui connaisse tous les rôles et toutes les cartes (et ça doit être rare), on peut inventer n'importe quoi car personne n'ira vérifier vu qu'il est empêtré avec ses propres cartes. Et au final, c'est peut être là que commence le vrai jeu de rôle!Au final, l'auteur avait plein d'idées pour faire un jeu de rôle, un ldvelh (livre dont...), un boardgame : il a réussi à ne rien faire, sinon un truc pénible qu'on achète au poids ou pour faire une thèse sur les joueurs psychotiques. Je conclurai qu'un certaine richesse peut apparaître au bout de 150 heures de j..... nan, c'est de la daube, et y'a rien à en faire, c'est tout.

Ue-Sama 28/04/2009 15:12


Le Criticon, sa verve est a la critique ludique ce que Khorbier est au culte de Dragonball Z... Une fois de plus, je le retrouve sur mon chemin.

Ceci etant dit, je suis d'accord a 98.5% avec cette critique alternative. A ceci pret, bien sur, que j'ai bizarrement pris plaisir a cettte partie. Mais il faut dire que j'aime bien jouer a
Agricola...


Khorbier 27/04/2009 12:36

Le comble étant que j'avais un exemplaire dispo rapidement quand tu étais en France. Je ne l'ai appris qu'après ton départ...

Ue-Sama 27/04/2009 15:03


Il faut que tu le fasses encadrer et que tu en fasses l'enseigne officielle de la boutique. Ce sera un message clair, un appel exclusif a l'elite ludique. Seuls les meilleurs passeront ta porte.
Bon, les ventes de Warhammeeeeeeeeeeeeeeeeeeer baisseront peut etre un peu mais tu seras a fond dans le qualitatif, tu pourras vendre des Agricola en croate ou des editions limitees de Age of
Empires 38, ce sera fort.